dimanche 12 mars 2017

Make tauromaquia great again ?

"Fusilero" de José Vázquez, le premier toro gracié de l'année 2017 en Europe, ce samedi après-midi à Illescas (Tolède). Mais surtout une image qui en dit long...
Cette photo parue sur le site Mundotoro montre des gradins dont l'attention est détournée du toro auquel on vient d'accorder l'indulto. On devine ces spectateurs, dans leur majorité, aux yeux rivés sur José María Manzanares qui vient de finir sa faena, mais qui n'ont pas de réel engouement pour le petit toro encore en piste. Comme un tableau de peintre que l'on pourrait intituler "Les gens s'en foutent".
L'indulto en tauromachie (dans la théorie, pas dans les faits de ces dernières années...) est pourtant quelque chose de mystique et d'idyllique. Un toro rare, exceptionnel, que l'on n'est pas sûr de revoir dans sa vie d'aficionado.
Mais sur cette photo là, il n'y a absolument rien de rare. Le public semble bien plus passionné par ce que vient de faire Manzanares que par le comportement du toro gracié. D'ailleurs, sur les chroniques déjà parues, on ne sait même pas ce qu'a donné ce "Fusilero" au moment de la pique, ni même s'il a vraiment été brave.
Comble de la décadence, en callejón, deux badauds agitent la main comme s'ils appelaient une vachette d'Intervilles. Alors que ce toro gracié devrait être un modèle de toro brave, de toro de combat, pas un faire-valoir que l'on galvaude de cette façon.
A l'affiche, il y avait la réapparition pour un jour du sévillan Pepe Luis Vázquez, avec Morante de la Puebla et José María Manzanares. Un cartel pour faire joli, des arènes pleines, le succès médiatique assuré. Mais au-delà du fait de remplir les arènes et d'obtenir l'équilibre économique, il serait quand même dommage de ne pas approfondir les choses.
Dans le cas contraire, ce sont les non-événements comme cet indulto qui fleurissent...

Florent

mercredi 1 mars 2017

Le jour de gloire de Denis Loré (Rétro 97)

C'est Alain Montcouquiol, sauf erreur, qui avait un jour évoqué la difficulté d'être torero dans sa propre ville. Au-delà du chauvinisme, de tout parti pris, il y a aussi le risque de l'indifférence. Être là les autres jours de l'année, pendant que les vedettes naviguent de feria en feria. Et affronter les regards fourbes ou moqueurs en cas de fiasco, en attendant la prochaine opportunité. C'est une épreuve de toréer dans sa ville.
À Nîmes, il y a comme une fadeur dans les dernières cuvées des ferias. Peu de variété dans les élevages pour commencer, et souvent les mêmes têtes d'affiche. Mais tout n'incombe pas forcément à l'organisateur Simon Casas.
Il y a quelque chose qui manque depuis de longues saisons du côté de la cité gardoise : un torero local. Sans faire injure aux autres toreros français qui peuvent être amenés à se produire dans l'amphithéâtre romain, Nîmes est la ville taurine de France qui aurait le plus besoin de se trouver son ou ses nouveaux toreros. Historiquement, Nîmes connaît d'exceptionnels souvenirs en la matière. L'historique 14 mai 1989 pour ne citer que celui-là.L'absence de représentant local dans les corridas nîmoises influe peut-être en partie sur les baisses de fréquentation enregistrées aux arènes, ainsi que sur la difficulté à renouveler en masse l'afición locale.
Pour cette raison, un gars du coin, un torero de Nîmes, programmé le dimanche après-midi des fêtes de Pentecôte, quand même, cela aiderait et serait du meilleur effet.
La fierté de toréer dans ses arènes, aller au-delà de ses capacités, et se surpasser.
Denis Loré, le dimanche 18 mai 1997. Denis Loré, torero nîmois, qui n'a pas toujours été accompagné par la chance dans sa carrière. Novillero prometteur, qui coupa même tous les trophées un jour de la feria des Vendanges 1989. Mais il eut également à subir de graves coups de corne. Et aussi à affronter la tempête après l'affaire de Saint-Sever 1992 pour laquelle il fut condamné. Une grosse connerie – heureusement pardonnée depuis – qui aurait pu plomber sa carrière, et pas seulement la sienne.
Mais les obstacles ont été surmontés. La malchance aussi, celle qui faisait dire à son entourage qu'un chat noir le poursuivait où qu'il aille, que ce soit au tirage au sort ou en piste.
18 mai 1997 donc, un dimanche de Pentecôte, une ganadería prestigieuse, les toros portugais de Palha, et ce torero local, Denis Loré. Les deux autres hommes à l'affiche étaient Antonio Borrero "Chamaco" et Antonio Ferrera.
Face au premier toro, "Gravato", numéro 95, brave au cheval, encasté et mobile, Denis Loré ne perd pas les papiers et se montre à la hauteur du rendez-vous. Deux oreilles, et tour de piste au brave toro de Palha.
Les arènes sont pleines, et Antonio Ferrera est beaucoup moins chanceux que Loré, puisqu'il est sérieusement blessé en accueillant à genoux le sixième toro de Palha. C'est Denis Loré qui le récupère, l'affronte avec cran, obtient là-encore deux oreilles, se taille la part du lion et s'offre une magnifique sortie en triomphe. Loré recevra plus tard le prix au triomphateur de la feria, tandis que le lot de Palha sera considéré comme le meilleur de la saison 1997 par l'ANDA (Association Nationale des Aficionados Français).
Dix ans plus tard, après bien d'autres blessures, Denis Loré fera ses adieux dans ses arènes, pour la feria des Vendanges 2007. Une corrida émouvante, et une sortie en triomphe avec José Tomás et Joselito Adame. L'au revoir à Denis Loré, torero tellement capable d'assurer même face aux toros les plus durs. Et ce souvenir d'un torero dans sa plénitude, honoré dans sa ville, et partageant son triomphe avec des arènes pleines.
Depuis, Nîmes attend toujours que l'un des siens émerge ou sorte de l'ombre, et ouvre cette grande porte qui les soirs de Pentecôte donne sur des rues noires de monde.

Florent  

lundi 27 février 2017

Milian, le guerrier catalan (Rétro 97)

Et le coeur au milieu. En voyant aujourd'hui Richard Milian autour ou dans les arènes, toujours détendu, souriant, guidant les plus jeunes vers leurs rêves de costumes de lumières, il y a comme un contraste avec ce que fut sa carrière de torero.
Beaucoup de soirées d'épouvante, difficiles, passant le temps à voltiger sur les cornes des toros. Et au fil des années, l'étiquette des corridas dures, impossible à décoller. La position d'un torero ne pouvant refuser aucune opportunité. C'est ce que Richard Milian a accepté, mais avec panache. Métaphore du cyclisme, Milian aurait remporté cent fois le maillot de la combativité.
Et mouiller le maillot, ça, c'est une certitude.
Dans les années 80, Richard Milian fut même en quelque sorte adoubé par Jean-Pierre Darracq dit "El Tío Pepe", qui avait dit de lui qu'il était le torero "le plus vaillant de sa génération".
L'épée dans la main droite, la muleta dans la main gauche, et le coeur au milieu, comme dit l'adage. Même dans la plus grande des adversités, il arrivait à Richard Milian de garder le sourire, tandis que le public pour sa part était beaucoup moins serein, pour ne pas dire effrayé.
Richard Milian a commencé très jeune en tauromachie. Originaire des Pyrénées-Orientales, de Canohès, et dont le père fut gardien des arènes de Saint-Cyprien sur la côte. D'ailleurs, à ses débuts, Milian se faisait appeler "El Niño de Saint-Cyprien".
Après une carrière fournie en tant que novillero, Richard Milian prit l'alternative en 1981 à Dax. Il stoppera cette même trajectoire professionnelle vingt ans plus tard, en 2001 aux arènes de Floirac, sans jamais endosser ensuite l'habit de lumières. Seulement quelques festivals, récemment encore.
Et dans ces deux décennies de matador, il y eut tant de choses. Du courage, de l'adversité, de la sueur, et des succès acquis de haute lutte. Richard Milian n'était pas un torero anodin.
Et puis, il y a eu une histoire avec Béziers. Une histoire qui en 1983 aurait pu très mal tourner face à des toros de Miura au danger omniprésent. Les images qui restent aujourd'hui de cette course témoignent d'une grande violence des toros de Zahariche, féroces, durs voire impossibles. Richard Milian partageait ce jour-là l'affiche avec Christian Montcouquiol "Nimeño II" et Víctor Mendes. Tous furent attrapés à plusieurs reprises. Sur les images d'époque, on peut même entendre le public conspuer Richard Milian, non pas pour lui reprocher un manque d'investissement... mais parce qu'il a peur pour lui. Richard, qui a déjà volé sur les cornes des Miura, adopte un toreo plus que risqué.
Mais il y en aura d'autres à Béziers. Entre autres, deux oreilles et la queue en 1987 face à un toro de Baltasar Ibán.
Et dix ans plus tard, le 17 août 1997, c'est une corrida de Miura qu'affronte Richard Milian dans la ville héraultaise, en mano a mano avec El Fundi. La veille, en guise d'échauffement, Richard Milian avait coupé quatre oreilles à Collioure, dans les Pyrénées-Orientales, face à des toros d'Occitania (peut-être un présage au nom d'une future région...). À Béziers, dans un costume rouge et or, la couleur des toreros vaillants, il survole l'après-midi, et coupe encore quatre oreilles cette fois face aux toros de Miura. Ceux qui l'ont le plus suivi diront que c'était peut-être la corrida la plus aboutie de sa carrière.
Richard Milian était sorti en triomphe avec El Fundi. Le mayoral de Miura, José Mateo Rodríguez, les avait accompagnés dans le triomphe, en faisant à pied un tour de piste à leurs côtés. Mais de façon tragique, José Mateo Rodríguez décéda trois jours plus tard à Zahariche, en tombant de cheval. Sur les affiches, fréquemment, il y avait Milian, le guerrier catalan, et El Fundi, qui se lança et sublima sa carrière grâce aux Miuradas arlésiennes. Milian / Fundi, une paire quasiment indissociable. C'était déjà y'a vingt ans...

Florent

mercredi 22 février 2017

En attendant les Valdellán

Élevage dont on avait l'habitude en France ces dernières saisons mais qui ne viendra probablement pas en 2017 : Valdellán.
Devenu habituel, car il a connu ici pas mal de succès retentissants. Dernier événement marquant en date, le toro "Cubano" en 2015 à Vic-Fezensac, purement exceptionnel.
Il y avait aussi eu une très grande novillada dans les mêmes arènes en 2013, avec à l'image le superbe "Pies de Plomo", capté dans les corrales quelques jours avant la novillada par le vicois Yann Bdn.
Valdellán paye certainement ses résultats décevants de 2016 : corridas à Vic-Fezensac et Saint-Vincent-de-Tyrosse, novillos à Aire-sur-l'Adour.
Mais comme on ne peut pas passer de 2015 à un toro comme "Cubano" à 2017 au néant, il faudra être attentif. Et surtout voir cet élevage d'encaste Graciliano revenir, car il a déjà apporté beaucoup d'émotion.

Florent

mardi 21 février 2017

Séville 2017

Tour de piste d'un matador, d'un picador et d'un mayoral. Tomás Campuzano, Francisco Martín, et Luis Saavedra, emblématique mayoral de la maison Guardiola. Séville 1988.
Le genre d'image que Séville aura du mal à voir dans un futur proche, avec ses affiches presque toutes tournées vers les corridas de figuras. Et puis parce que Luis Saavedra est mort, que la superbe maison Guardiola a périclité et que la quasi-totalité du bétail est partie à l'abattoir.
Des affiches de Séville tournant en large majorité autour des vedettes donc, mais laissant une petite place (il faut le reconnaître) aux jeunes promesses. Vedettes que l'on considère ainsi, et pour lesquelles, sans même évoquer les fers les plus "toristas", ce serait le bout du monde de s'annoncer avec des toros de Cebada Gago ou de Baltasar Ibán. Mais Séville semble bien peu se soucier de ce qui peut se passer ailleurs sur la planète des toros, que ce soit en France, ou même au Mexique : dernier exemple en date, Sergio Flores qui a ouvert deux fois la grande porte de México cet hiver n'est pas à la Maestranza.
Et Séville qui, par ailleurs, programme des alternatives traquenards en toute fin de saison. Traquenards pour ceux qui les prennent, si jamais une des vedettes les accompagnant s'avérait dans un grand jour... les mettant ainsi à l'anonymat pour au moins plusieurs années.

Florent

jeudi 9 février 2017

Blanc comme un linge (Rétro 97)

À bien y réfléchir, il y a vraiment quelque chose de flippant à la vue du tunnel des arènes d'Arles. Un lieu pas comme les autres, et pour tout dire, pratiquement unique sur la planète des toros.
Un tunnel de quasiment cent mètres de long, sombre, faisant partie des multiples galeries de l'amphithéâtre romain. En entrant sous le parvis des arènes, c'est ce tunnel qu'empruntent les toreros pour se rendre jusqu'à la piste.
On ne pourra jamais savoir ce que pense un torero dans les heures et les minutes qui précèdent un paseo, mais il est en revanche quasiment certain que ce long tunnel a dû en faire cogiter plus d'un.
Peut-être que ce fut le cas de José Tomás ce jour de la feria du Riz 1997 ?
Le lendemain de cette corrida, le journal Midi Libre avait titré "Ce n'est pas le vrai José Tomás".
Une corrida sous un ciel gris, José Tomás dans un costume de couleur claire, céleste et or, et un visage au teint pâle. Le torero écouta les broncas, tout en paraissant complètement absent du sujet.
L'histoire ne retiendra pas cette corrida, et c'est normal, car il n'y avait rien eu de transcendant. Au départ, les toros devaient être de Domingo Hernández, mais la commission taurine les refusa. En fin de compte, c'est un lot d'Ana Romero, élevage d'encaste Santa Coloma, qui vint dépanner ! Deux des toros d'Ana Romero furent par ailleurs remplacés durant la course par des Sepúlveda.
Et face à ces toros, pas n'importe qui... César Rincón, Joselito et José Tomás ! Un cartel qui, programmé aujourd'hui, ferait flamber la revente jusqu'à l'infini. Mais pas ce jour-là, puisque les arènes d'Arles affichèrent à peine trois quarts d'arène.
Il faut dire que la gloire de José Tomás était récente à ce moment-là, et que les trois toreros avaient généralement été beaucoup vus depuis le début de la saison 97.
Ce qui conduira peut-être José Tomás à se raréfier une fois réapparu en 2007. Toréer peu mais créer l'effervescence à chaque fois, et assurer le "No Hay Billetes".
Ce jour de septembre 1997, José Tomás a pris à Arles deux broncas de luxe. Celles que peuvent se permettre les vedettes de la tauromachie, car l'afición les oubliera vite et ne leur en tiendra pas rigueur. Une chose injuste au fond, car les broncas condamnent parfois définitivement des toreros de bien plus modeste condition.
Néanmoins, après sa coupure allant de 2002 à 2007, José Tomás a gommé cet aspect apathique qui pouvait lui survenir dans l'arène. Ces dix dernières années, il a toujours mis les chances de triomphe de son côté, en choisissant méticuleusement les corridas à combattre.
Lointain souvenir que cette corrida de 97 à Arles. Dans les bonnes comme dans les mauvaises, il faut savoir garder l'afición. Ce jour-là, José Tomás avait été hué, et César Rincón ne fut pas au top. Le seul qui s'en tira sans dommage, ce fut Joselito, avec beaucoup de sérénité et des gestes de classe. C'est vrai d'ailleurs, quand on revoit des images de Joselito quand il était encore en activité, c'était vraiment un torero plein de classe !
Pour la feria suivante aux arènes d'Arles, celle de Pâques 1998, José Tomás revint à l'occasion d'une corrida goyesque... Avec encore des sifflets. Depuis, il n'a plus jamais affronté le tunnel des arènes d'Arles.

Florent

dimanche 5 février 2017

L'alternative (Rétro 97)

Rares sont les domaines où la symbolique domine autant. L'alternative d'un torero est un passage de témoin, et pas seulement au sens figuré.
Date clé d'une carrière, même si bien souvent, c'est à partir de ce point que commencent les galères.
Une alternative est toujours un moment à part. Il faut aussi se méfier des modes, celles qui proposent des alternatives de luxe à des novilleros. Des alternatives qui font jolies en photo, mais desservent complètement le nouveau matador. Seulement vouées à ouvrir l'affiche à un torero-vedette, qui de ce fait, n'aura pas à affronter le premier toro de l'après-midi. Une alternative ne doit jamais être un prétexte à cela, et il faut respecter le nouveau matador qui joue une grande partie de son avenir à cet instant-là. Et ce n'est pas plus mal pour lui s'il se retrouve avec un parrain et un témoin un peu moins prestigieux par rapport à ce dont il aurait pu rêver.
En 2017, on compte 62 matadors de toros français dans l'histoire. Il y a eu plus d'alternative depuis vingt ans que durant tout le siècle auparavant.
Ludovic Lelong, dit "Luisito", est le 29ème d'entre eux.
Dans les années 90, il était moins évident qu'aujourd'hui de se faire une petite place avec l'étiquette de torero français, et puis l'héritage de Christian Montcouquiol "Nimeño II" aussi, qu'il fallait assurer et défendre.
Luisito, qui a beaucoup toréé en tant que novillero avec picadors depuis ses débuts en 1994, vient de Normandie. Curieux parcours pour ce jeune homme qui du haut de ses 21 ans, le 16 août 1997, prend l'alternative aux arènes de Bayonne.
Un beau défi à relever. Des arènes quasiment pleines. Des toros de Los Bayones, Enrique Ponce comme parrain, et Francisco Rivera Ordóñez comme témoin. A 900 kilomètres de chez lui, Luisito bénéficie tout de même de la présence de ses amis, ceux de Nîmes, ceux de Normandie, ainsi que du maire de Cherbourg qui a fait le déplacement exprès !
Dans un habit bordeaux et or, Luisito prend l'alternative face au toro "Madriguero", et s'offre une sortie en triomphe en compagnie d'Enrique Ponce !
Lui qui avait un beau statut d'espoir en tant que novillero attendra beaucoup des saisons suivantes. En vain. Malchance, promesses non tenues, et tant d'autres choses.
La chance, peut-être qu'elle aurait pu sourire ce jour de la feria de Pentecôte 1998 à Nîmes, face à des toros de Cebada Gago. Mais les nuages remplirent la ville de flotte ce jour-là et la corrida dut être annulée.
Ludovic Lelong rangea définitivement le matériel de torero en 2004, après une dernière corrida au Grau-du-Roi, tournant le dos par la même occasion à cette passion pour les toros et à ce rêve de torero.
Dure réalité du monde de la tauromachie, qui peut parfois briser des rêves et amener les hommes qui la font vivre au dégoût et à l'envie de fuir.
Un monde où les qualités humaines et le toreo ne suffisent pas. On ne le dit ou on ne l'écrit que rarement, mais c'est un domaine où le relationnel joue à fond.
Luisito a cessé de s'habiller de lumières en 2004. Bien des années plus tard, l'envie de lancer la carrière d'un jeune torero lui est venue. Celle du sévillan Pablo Aguado. Ensuite, ce fut (et c'est encore) l'envie de relancer celle du matador Emilio de Justo. Et offrir ainsi à la tauromachie ce qu'il ne peut plus faire comme torero en habit de lumières.
Elles sont belles quand même les photos d'alternatives, avec les sourires et les espoirs qu'elles suscitent. Ce sera toujours un fait majeur d'une carrière. En cette année 97, Luisito quittait les arènes de Bayonne en triomphe avec Ponce. A Burgos, dans le Nord de l'Espagne, Morante de la Puebla prenait l'alternative sous la pluie alors qu'il est un pur Andalou.
Et comme chaque après-midi de toros, une alternative n'échappe pas aux règles de la corrida. Triomphe, indifférence, malheur, ou drame. Deux français ont pris l'alternative en 1997. Luisito à Bayonne au cours d'une corrida à l'issue heureuse. Le lendemain, 17 août 1997 aux Saintes-Maries-de-la-Mer, c'était au tour de Lionel Rouff dit "Morenito de Nîmes" de recevoir l'alternative. Avec beaucoup moins de chance pour sa part : un grave coup de corne de quatre trajectoires à la cuisse face au toro de la cérémonie.

Florent  

vendredi 27 janvier 2017

Éloge de la force (Rétro 97)

Il existe plusieurs écoles dans le domaine du tiers de piques. Des pensées qui s'opposent et débatent. D'un côté les idées d'Alain Bonijol, celles qui impliquent des chevaux plus légers, plus mobiles, et qui permettraient des tiers de piques plus intenses.
Et de l'autre côté – composé de pratiquement tous les autres acteurs du premier tiers –, la volonté de garder les chevaux tels qu'ils ont pu être par le passé, en étant indifférent au critère du poids. Ceux-là disent que "pour le toro qui pousse, quel que soit le gabarit du cheval en face, cela reviendra au-même, et il pourra le faire chuter dans tous les cas".
Quant à Alain Bonijol, sa montée en puissance a permis bien des choses. Et notamment celle de voir en France des tiers de piques – avec plusieurs rencontres entre le toro, le cheval et le picador – quasiment inconcevables en Espagne et ailleurs. Il est vrai que les arènes françaises sont les mieux loties en matière de tiers de piques.
Cette photo a été prise par Bernard Hiribarren, et elle est parue dans la revue Semana Grande, la première année de son existence, en 1997.
On y remarque une lourde monture de chez Fontecha (ancien fournisseur de chevaux de piques dans de nombreuses arènes)... mais dont le poids est indifférent face à la puissance du toro de Loreto Charro. Bayonne, 10 août 1997, toros de Loreto Charro pour Manuel Caballero, El Tato et Canales Rivera. Ce lot de toros, d'origine Atanasio Fernández, recevra à la fin de la saison 97 le prix à la meilleure corrida de l'année dans le Sud-Ouest.
Je me souviens très bien de cet instant, de ce cheval qui décolle, à deux doigts d'atterrir en contre-piste. Et cette possibilité d'admirer la puissance absolue d'un toro de combat.
En revoyant ces instants immortalisés par la photo, il y a de quoi être subjugué par cette force. D'autres images, comme celle du Loreto Charro à Bayonne, laissent bouche bée. L'une des plus connues, c'est celle de Michel Volle en 1995 à Céret, et d'un novillo de Dolores Aguirre soulevant à un mètre de hauteur un cheval de la famille Heyral. 

Florent

jeudi 26 janvier 2017

Curro à Béziers (Rétro 97)

En repassant l'historique complet de saisons lointaines, on tombe parfois sur des curiosités. Année 1997 : Curro Romero à Béziers !
Remarquez, il était déjà venu dans des arènes héraultaises par le passé : à Palavas. En 97, deux corridas en France pour lui : Nîmes à Pentecôte et Béziers en août.
Cela a quand même de quoi étonner le Pharaon à Béziers ! Parce que c'est une feria de l'été, et que le public ne vas pas forcément y chercher un toreo rare et parfumé.
Ce 15 août 1997, l'année de ses 64 ans, c'était la première (et dernière !) fois que Curro Romero foulait le sable des arènes du plateau de Valras.
La photo, à la fin du paseo, est parue dans la revue Barrera Sol. Elle est l'oeuvre d'Éric Catarina. Il est bien aussi d'évoquer Barrera Sol, revue de Régis Merchan, aujourd'hui disparue, mais qui avait largement sa place dans le panorama des revues taurines. Polémique, satirique aussi parfois, mais complète. Et au niveau photos, une large place offerte dans ces pages et qui permettait de découvrir des clichés qu'on ne voyait pas ailleurs ! En les rouvrant bien des années après, on peut retrouver dans les numéros de Barrera Sol des photos rares et précieuses, ainsi que des anecdotes.
Curro Romero est quant à lui venu à Béziers cette seule fois, le 15 août 1997. Trois ans avant l'annonce de sa retraite, à la radio, en octobre 2000, après avoir toréé un dernier festival dans les arènes de La Algaba (province de Séville), où des roues de charrettes font office de barrières autour de la moitié de la piste.
Les comptes-rendus de la corrida de Béziers racontent qu'il faisait chaud. Que les toros étaient de Javier Camuñas, un élevage qui deviendra ensuite Teófilo Segura puis Torreherberos. Curro Romero, quasiment 64 ans, est chef de lidia devant Enrique Ponce et le vénézuélien Leonardo Benítez. Ce dernier se distingue, et coupe trois oreilles. Leonardo Benítez sera ensuite connu comme faisant partie des toreros-fumeurs de cigares en callejón.
Curro Romero, attraction principale de cette course, n'a pas été en proie à l'inspiration. Les toros étaient d'assez modeste présence, et le Pharaon, à peine entré en piste, dut subir les engueulades et quolibets du public biterrois. Silence et grande bronca. Circulez. De celles qui ont fait la légende de l'éternel Curro.

Florent

mercredi 25 janvier 2017

À jamais le premier (Rétro 97)

Seigneur de Camargue. Monsieur Hubert Yonnet, à jamais le premier.
Y'a vingt ans, s'il était bien entendu ganadero, prolongeant ainsi la très vieille histoire familiale, Hubert Yonnet était également le directeur des arènes d'Arles.
Un matin de la feria de Pâques 97, il y avait une novillada piquée de son élevage. L'un des six Yonnet, "Carabin", fut même honoré d'un tour de piste. Tentant crânement sa chance dans tous les instants de la lidia, c'est le tout jeune Rachid Ouramdane, plus connu sous le pseudonyme de "Morenito d'Arles", qui tira son épingle du jeu et sortit en triomphe après avoir coupé deux oreilles. Les deux autres novilleros étaient eux aussi du cru : Charlie Laloé "El Lobo" et Gildas Gnafoua "Diamante Negro".
En France, la ville d'Arles possède une particularité qui n'est pas anodine. C'est la plus grande commune de l'hexagone en superficie ! Elle s'étend au Sud jusqu'à Salin-de-Giraud, là où est justement situé le Mas de la Bélugue, où vivent la famille Yonnet et leurs toros.
Hubert Yonnet prit la tête des arènes d'Arles dans les années 80, et passera le témoin à la famille Jalabert en 1999. À bien y regarder, c'est délicat de diriger une arène comme Arles. Être directeur de cette arène, c'est même une position sociale à part entière.
La responsabilité est grande, et il y a très nombreuses ganaderías sur le (grand) territoire de la commune. Ce qui implique un nombre important d'observateurs et de commentateurs au moindre faux-pas. Et puis, il faut bien un jour laisser au moins une opportunité à chacun de ces éleveurs, ne pas apparaître comme snob et égoïste.
En 2017, c'est toujours à Arles et dans ses environs que se joue l'actualité et l'avenir des ganaderos français. Au campo.
Trois ans après la disparition d'Hubert Yonnet, en juillet 2014, on peut quand même avoir quelques regrets. Celui, notamment, de voir cet immense et authentique personnage être aussi peu cité en tant que référence, et disparaître des mémoires progressivement. La raison, fort probablement, c'est la réputation des toros d'Hubert Yonnet. Leur présence, leur hauteur au niveau du garrot, et leurs cornes longues et acérées. Leur comportement aussi, compliqué, exigeant, très dur aussi parfois. Car il faut le reconnaître, historiquement parlant, aller au combat face à un toro de chez Yonnet, ce n'est pas de la tarte !
Celui qui apparaît le plus en tant que référence aujourd'hui pour les jeunes ganaderos français, c'est plutôt Robert Margé, lui aussi originaire de Camargue. Certainement parce que Robert Margé a pour sa part réussi autre chose encore, celui de voir des toreros vedettes (notamment Ponce à Palavas) triompher face aux toros de son fer.
Peut-être qu'aujourd'hui, l'envie de voir des figuras être à l'affiche devant ses toros est plus répandue que celle d'avoir des toros de public, sérieux, encastés, exigeants, et qui plaisent aux aficionados purs et durs.
Mais il n'est pas vraiment utile de comparer les trajectoires d'Hubert Yonnet et de Robert Margé, avec pour chacun des mérites différents, et surtout, des destins singuliers.
Hubert Yonnet a avancé à une période où les espagnols rigolaient (jaune tout de même) en évoquant les toros français. Comme quoi il pouvait y avoir en eux des résidus de sang Camargue, avec les cornes pointant vers le ciel, et un instinct douteux. Cela fait pourtant un moment qu'il n'y a plus de toros croisés Camargue, et que la France possède son propre patrimoine ganadero.
Celui d'Hubert Yonnet avec ses toros d'origine Pinto Barreiros. Et ce destin incroyable. Car l'on retient la réputation des "durs" de la Bélugue, mais il ne faudrait quand même pas oublier "Montenegro" en 1981 à Saint-Sever, "Montecristo" à Arles dans les années 90, "Pescaluno" (novillo gracié) en 2002 à Lunel, et bien d'autres encore.
Et puis, le 4 août 1991 à Madrid, "Beauduc" était le premier des six toros d'Hubert Yonnet à fouler le sable de Las Ventas. Six toros qui permirent pour la première fois à un élevage français de prendre l'ancienneté dans l'arène la plus importante au monde. Forcément, aujourd'hui, l'héritage de Monsieur Yonnet est très difficile à perpétuer. Souhaitons que sa famille, et en particulier sa petite-fille Charlotte, puissent être à la hauteur de cette si importante histoire.

Florent